mercredi 18 mars 2026

Change ta vie, deviens agent immobilier !

par Yossof Zekrya

Entre fantasme Instagram et réalité du terrain, qui s'enrichit vraiment dans la nouvelle ruée vers l'or immobilier ? Billet d'humeur sur les nouveaux gourous de la formation.

Change de vie !

Je ne vais sans doute pas me faire des amis auprès des influenceurs immobiliers mais bon...
Vous savez, ces gourous du digital, ces créateurs de contenu, instagrammeurs, youtubeurs, et autres tiktokeurs aux talents divers.
Je parle des confréries précitées dont une tranche s'est penchée sur l'immobilier, et plus particulièrement sur le courtage.

Deviens conseiller immobilier !

Le métier nourrit les fantasmes les plus fous.
Déifié par de tonitruantes téléréalités, relayé sur Internet et dans tous les médias sous la rubrique lifestyle, le métier d'agent immobilier est la promesse d'un avenir radieux.
Un rêve "hype" qui plus est, à la portée de tous.
Un angle d'attaque imparable pour lever du "candide", dirait Audiard.
Est-il utile de te préciser, honorable lecteur, que, dans un monde où les reconversions professionnelles sont monnaie courante, les cibles sont légion ?
En clair, un marché juteux.
Celui de la formation. 

L'enseignement par phagocytage intellectuel

Pour ce faire, nos pseudo-"vanguardistes" ont mis en place une stratégie marketing destinée à emballer le concept sous son meilleur jour.
Sous le couvert d'un altruisme détaché, d'une empathie feinte, ils se targuent de pouvoir faire de vous un courtier qualifié en deux temps, trois mouvements.

La promesse aux futures ouailles de ces nouveaux gourous, dont l'utilité est à l'immobilier ce qu'est Raël au judéo-christianisme ?
Un environnement professionnel soyeux, un décor suave, imprégné de luxe, d'élégance et de bon goût... et, bien entendu, des revenus conséquents au prix d'un moindre effort.
Un scénario bien huilé, en vérité. 

Pour quelques centaines à quelques milliers de francs, les mentors te font miroiter l'assurance d'une vie meilleure à travers une solide formation en ligne.
La garantie que leur enseignement t'ouvrira les portes d'un futur flamboyant.
D'une vie meilleure.
D'un monde parallèle où, au volant d'une puissante cylindrée, Rolex au poignet, tu naviguerais, de luxueuses demeures en somptueuses propriétés, en encaissant de pharaoniques commissions.

Mon fait, ici, n'est naturellement pas d'accabler celles et ceux qui se font piéger par ces charlatans sans scrupules, mais bien de leur éviter d'amères désillusions.

L'essentiel est cependant soigneusement passé sous silence : ces "cours" sont rarement dispensés par des courtiers confirmés, expérimentés et en activité, mais souvent par les influenceurs eux-mêmes.
Sous le couvert de transmission de quelque savoir, leur dessein est purement mercantile  : la formation n’est pas un service proposé aux futurs professionnels mais un produit à forte marge.

Le parallèle avec la ruée vers l’or est évident

Au XIXᵉ siècle, au fin fond de la Californie, ce n'est certainement pas la majorité des prospecteurs qui, après avoir, toute une vie durant, sué sang et eau, s'est enrichie, mais bien les vendeurs de pelles, de pioches et autre matériel y afférent.

Aujourd'hui, les fabricants de pelles et de pioches sont les influenceurs qui vendent programmes, PDF, vidéos et accès "exclusifs" à des groupes privés; les prospecteurs, les candidats au changement de vie.
Un immense troupeau hétéroclite de vaches à traire.
Pour ne pas dire de crédules à tondre.

Une fois la carte de crédit débitée, l’illusion se fissure : contenus génériques, vidéos recyclées, recettes toutes faites pour "closer" en 5 étapes.
On te promet une méthode miracle, on te livre un kit Temu.
Entre la fiction d’un métier réduit à quelques slogans et la réalité d’un marché local, ses lois, ses usages, ses contraintes, l’écart est abyssal.

Car être courtier, c’est tout autre chose.

Être courtier, c’est connaître un territoire, comprendre ses acteurs, maîtriser le droit, la fiscalité, le financement, assumer la complexité des situations humaines (etc. la liste est sans fin), et accepter que la compétence se construit dans le temps.
Les vrais parcours sont exigeants, structurés, parfois longs, et c'est à ce prix qu'ils forment des professionnels, pas des personnages de réseaux sociaux.
La nuance est fondamentale : un professionnel utilise les outils informatiques pour servir un métier ; l’influenceur utilise le métier comme décor pour servir son business.
 
Faut-il pour autant balayer tout l’apport de cette galaxie d’influenceurs ?
Naturellement non.
Ils rappellent, parfois utilement, l’importance de la communication, de l’image, du digital. Là où, justement, une partie de la profession a longtemps pris du retard.

La question n’est donc pas "Peut-on devenir courtier grâce à une formation en ligne ?".
La vraie question est : "Qui fait réellement de l’or, dans cette nouvelle ruée ? Celui qui espère trouver les pépites qu'on lui a fait miroiter… ou celui qui lui vend la pelle ?"

Crans-Montana, le 18 mars 2026